Endométriose : un centre de référence pour un diagnostic précoce et la recherche


Dans Santé
France Dammel

Chaque mois, c’est le même enfer. Vous souffrez de douleurs anormales pendant vos règles ? Des douleurs abdominales, mais aussi d’autres symptômes qui reviennent systématiquement pendant les règles, peuvent être un symptôme de l’endométriose. A la Citadelle, le LUCERM (Liège University Center for Endometriosis and Reproductive Medicine) propose un trajet de soins bien rôdé, à côté d'un volet recherche qu’il ne cesse de développer.

« Des douleurs abdominales qui reviennent chaque mois au moment des règles, mais aussi d’autres symptômes, allant de sciatalgies à des douleurs au niveau du bas ventre pendant les rapports sexuels, en passant par une absence de selles pendant les règles, sont autant de symptômes qui peuvent coller avec l’endométriose et doivent pousser à consulter », pose d’emblée le Pr Michelle Nisolle, gynécologue spécialisée en endométriose.

Pour la gynécologue, le premier contact et l’écoute tout au long du trajet de soins sont essentiels. C’est pourquoi, le Centre a engagé une coordinatrice. Une fonction remplie par Barbara Sadzot. Elle est le premier point de contact, et un relai chez qui les patientes peuvent toujours trouver une oreille attentive.

« J’ai régulièrement de longues conversations avec les patientes inquiètes. Souvent, ces dames se sont déjà entendu dire que la douleur, c’est dans la tête. Il est alors important de les mettre en confiance et de leur dire que nous allons tout faire pour comprendre et apporter des réponses à leurs douleurs », assure Barbara Sadzot.

Deux trajets de soins

« Il existe deux trajets de soins au Centre », explique le Pr Nisolle. « Soit une patiente a déjà été informée de son état par son gynécologue traitant. Elle a déjà eu une IRM qui confirme l’endométriose et elle vient chez nous pour un traitement et un suivi. Soit la patiente suspecte elle-même de l’endométriose. La coordinatrice va alors lui proposer une consultation de screening. Ceci permet de faire le tri entre les patientes qui souffrent d’endométriose et les patientes dont les douleurs ne peuvent s’expliquer par de l’endométriose. S’il est question d’endométriose, la coordinatrice planifie alors la suite de la prise en charge chez un ou plusieurs des différents intervenants de l’équipe multidisciplinaire ».

Une approche multidisciplinaire

La multidisciplinarité constitue en effet la clé de voûte du Centre. Non seulement de nombreux spécialistes différents y collaborent, mais en plus ils se réunissent régulièrement pour discuter des cas concrets des patientes.

« Chaque mois, nous avons une réunion dans le cadre des douleurs pelviennes chroniques, avec les gynécologues, la psychologue, les chirurgiens, les urologues… Et nous avons également une autre réunion avec les médecins du Centre de Procréation Médicalement Assistée (CPMA), notamment en vue d’évoquer la possibilité de cryopréservation », rapporte Michelle Nisolle.

La cryopréservation désormais remboursée dans l’endométriose

Jusqu’il y a peu, la cryopréservation (congélation d’ovocytes) n’était remboursée que pour les femmes atteintes d’un cancer et qui souhaitaient préserver leur fertilité lorsqu’elles savaient que leur traitement oncologique était susceptible d'affecter celle-ci.

Depuis peu, la cryopréservation est également remboursée pour les patientes souffrant d’endométriose. « C’est vraiment une bonne chose ! Car on sait que l’endométriose affecte la réserve ovarienne et que la chirurgie que l’on peut réaliser dans le cadre de l’endométriose va également la restreindre. Les chances d’une patiente atteinte d’endométriose de tomber enceinte sont donc clairement réduites », explique la spécialiste. « L’idée est donc maintenant de proposer à ces patientes de cryopréserver des ovocytes avant de les envoyer en chirurgie ».


Des études cliniques pour faire avancer la recherche

Une des particularités du Centre est son caractère académique. Il reçoit ainsi de nombreuses sollicitations pour participer à des études cliniques.

En voici deux particulièrement intéressantes :

Etude ADOmiARN : diagnostic de l’endométriose par analyse salivaire chez les adolescentes

Cette étude de grande envergure vient d’être lancée à la Citadelle. Il s'agit d'une étude observationnelle multicentrique et internationale qui a pour but de valider le diagnostic par analyse salivaire chez les adolescentes. Cette analyse repose sur la signature de 109 miARN.

« Cette étude nous permet de proposer aux adolescentes chez qui on suspecte de l’endométriose un test salivaire gratuit. C’est important de le valider chez les mineures aussi car, jusqu’ici, ce test n’a été validé que chez des femmes âgées entre 18 et 43 ans », précise le Pr Michelle Nisolle.

En France, la Haute Autorité de Santé est en train de plancher sur le remboursement de ce test. On peut espérer que la Belgique suive dans la foulée.

Etude BLAST (Belgian Laser STudy) : traitement chirurgical des endométriomes et désir de grossesse

Menée en collaboration avec la KUL, cette étude se termine à la Citadelle. Il s'agit d'une étude randomisée contrôlée (c'est-à-dire que la patiente ne sait pas dans quel groupe elle se trouvera).

Elle se déroule auprès de patientes de 18 à 40 ans avec endométriose et vise à évaluer l’impact du choix de la technique chirurgicale sur la réserve ovarienne, entre la kystectomie ovarienne et une vaporisation de la paroi du kyste.

« De manière générale, on sait que la chirurgie réduit la réserve ovarienne », rappelle le Pr Michelle Nisolle. « Toutefois, on pense qu’une de ces deux techniques est meilleure que l’autre. Partout dans le monde, on réalise une kystectomie ovarienne, qui consiste à arracher le kyste par rapport à l’ovaire. Mais ce faisant, on enlève une partie du tissu normal. Nous, ce que l’on préconise, c’est plutôt de vaporiser la paroi du kyste. Au terme de l’étude, nous serons fixés sur la méthode à privilégier. »

Participation au développement d’une application

Le LUCERM reçoit régulièrement des appels à projets internationaux.

L’un des derniers en date se nomme MonaLisa Smile, un projet soutenu par le programme Erasmus+ de l'Union européenne.

« Ce projet consiste à développer une application pour aider, d’une part, les médecins traitants à identifier les adolescentes à risque d’endométriose afin de les référer dans des centres spécialisés. Et aider, d’autre part, les patientes qui se posent des questions à déterminer si elles ont intérêt à aller pousser la porte d’un tel centre. C’est tout à fait dans l’ère du temps. Ce genre d’outil contribuera à diagnostiquer plus précocement l’endométriose », conclut le Pr Nisolle.


Le LUCERM en quelques mots

Le LUCERM (Liege University Center of Endometriosis and Reproductive Medicine) a son siège sur le site de la Citadelle.

Le centre d'endométriose est rattaché au pôle universitaire de gynécologie-obstrétrique du CHU de Liège. Pionnière dans le traitement de cette pathologie bénigne chronique, le Professeur Michelle Nisolle et ses collègues y reçoivent les patientes au sein d'une équipe dédiée, regroupant des experts dans les disciplines nécessaires, afin de répondre au mieux aux besoins suscités par cette pathologie particulière.

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