World of Mind : visions des réels


Dans Exposition

À Bruxelles, le nouveau musée '' World of Mind'' (WOM) propose un parcours pour mettre au défi son cerveau. Des expériences immersives et interactives, pour réfléchir à notre perception de la réalité. Une exposition à laquelle est associée le Professeur Steven Laureys. 

Un nuage dans le ciel qui ressemble à un lapin. Une odeur qui éveille un souvenir oublié. Une couleur que certains disent être bleue, mais que d’autres voient verte : la réalité se constitue sur base de perceptions. Celles-ci sont composées par nos sens. Et, parfois, sur un point de la réalité, deux personnes semblent avoir un avis différent. Comme ces photos qui, de temps à autre, font débat sur les réseaux : à partir d’une même photo, certains voient une robe blanc et or, alors que d’autres jureraient que cette robe est noir et bleu. 

Vrai et faux en même temps 

Dans ce débat : qui aurait tort, qui aurait raison ? Et si la réponse était : les deux à la fois ? 

Nos sens permettent à notre cerveau d’appréhender le réel. Que ce soit la vue, l’ouïe, le goût ou l’odorat, tous, ensemble ou séparément, s’activent et transmettent par différents nerfs leurs informations au cerveau. 

C’est là que ces signaux sont interprétés. Les neurones, sollicités, produisent des informations et leurs créations donnent sens au monde qui nous entoure. 

Selon les voies empruntées, les signaux activent certaines zones de neurones plutôt que d’autres. Lesquelles de ces zones seront stimulées dépendra non seulement des sens et du contexte, mais leur message variera aussi d’individu en individu. 

Un cerveau n’est pas l’autre 

Le cerveau est un « corps » plastique : ses expériences le forment tout au long de l’existence. Et ces expériences sont différentes d’un individu à l’autre. Les circuits au sein du cerveau changent également, formés par l’apprentissage que chacun se fait du monde. 

Une même impression – un certain goût, une certaine odeur, un certain stimulus visuel – ne générera donc pas les mêmes sollicitations et interprétations chez tout le monde. 

WOM - World Of Mind © Tempora © N. Lobet / PRYZM

Des idées complexes expliquées simplement 

Ces concepts, le Professeur Steven Laureys les explore en tant que neurologue, auteur-conférencier (publié notamment par Odile Jacob et Hachette) et chercheur, notamment investi au sein du Centre du Cerveau2 du CHU de Liège. 

C’est en sa compagnie, et celle de sa fille Clara, que les visiteurs de l’exposition World of Mind (WOM) peuvent se lancer à la découverte de ces idées complexes, expliquées simplement. 

Au travers d’une exploration riche en expériences, les sens sont titillés. Salle de fumée, miroirs infinis, masques creux, escaliers sans fin, chaises truquées, cordages et peintures : autant de moyens pour tromper les perceptions. 

Le parcours de l’exposition offre un ensemble d’expérimentations, soutenues par de courts films dans lesquels le Professeur et sa fille expriment en mots simples pourquoi nous ne voyons, touchons, entendons, sentons ou goûtons pas tous exactement la même chose. 

Illusions ludiques 

Les installations emploient et développent plusieurs idées inspirées, entre autres, par les illusions d’optique. Certaines des illusions présentées sont diffusées depuis plusieurs siècles, et les amateurs du genre ne manqueront pas de les reconnaître. 

L’exposition en a transposé plusieurs « en vrai » et les voir de la sorte, en objets et situations reconstitués en 3D, permet de les appréhender d’une autre façon que de les regarder dans un livre ou sur un écran. 

On peut toucher, observer, courir, rire et explorer : le parcours est adapté aux visites avec les enfants. Tout est fait pour leur permettre d’appréhender avec facilité des concepts qui pourraient sinon sembler abstraits et lointains. 

Si les enfants les découvriront peut-être, la simplicité et le caractère ludique permettront aux adultes de se rappeler ces principes et de se rafraichir les idées. 

Tous seront invités à se souvenir que le cerveau, loin d’être un ordinateur infaillible, est facilement abusé par sa subjectivité. Et qu’il demeure donc important de garder son esprit critique en éveil. 

À la découverte des réels 

Êtes-vous prêt(e) pour l’aventure ? 

Situé sur le site de Tour & Taxis, à 20 minutes à pieds de la gare Bruxelles-Nord, le WOM est ouvert tous les jours de la semaine et les week-ends. 

Toutes les infos pratiques sur le site officiel : www.worldofmind.be

 WOM - World Of Mind© Tempora© N. Lobet / PRYZM


Le Professeur Steven Laureys nous parle du musée WOM

Pr Steven Laureys

Neurologue, directeur de recherches FNRS, le Professeur Steven Laureys est responsable du Centre du Cerveau2 au CHU de Liège. Il est également directeur de l’unité de recherches GIGA Consciousness à l’ULiège. 

Le Centre du Cerveau2 est un lieu transdisciplinaire, renforçant la collaboration entre le monde académique et les applications cliniques ; entre les services internes du CHU et de la Citadelle et les organisations externes telles que les universités et les groupes de recherche nationaux et internationaux. 

Au sein du Coma Science Group, son équipe et lui explorent le mystère de notre conscience. Le groupe étudie les modifications impactant le cerveau, que celles-ci soient pathologiques (sous la codirection du Pr Olivia Gosseries et du Pr Aurore Thibaut), pharmacologiques induites notamment par l’anesthésie (codirection du Pr Vincent Bonhomme et du Pr Didier Ledoux), ou encore provoquées par la méditation, l’hypnose et la transe cognitive (travaux notamment menés par le Pr Audrey Vanhaudenhuyse).

  • Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le musée World of Mind ? 

J’ai été contacté par la société Tempora, conceptrice du musée, dont je connaissais la qualité du travail. En en discutant, je leur ai proposé d’impliquer une jeune intervenante, qui pourrait faire le lien entre le public et le sujet de l’exposition au fil d’une conversation. 

  • C’est ainsi que votre fille, Clara Laureys, a participé au projet. 

Oui. Nous avons réalisé cette conversation ensemble. Nous nous sommes beaucoup amusés lors du tournage. La conversation vidéo sert de fil conducteur à l’exposition, offrant au public des informations et des explicitations, en français, néerlandais et anglais. 

  • Pourquoi avoir choisi de participer au WOM ?  

Je suis extrêmement heureux qu’un musée dédié au cerveau soit accessible en Belgique. Notre cerveau est, bien sûr, un organe incroyable. L’appréhender via les illusions et les sens permet d’approcher très facilement des concepts complexes. En vivant l’expérience des phénomènes présentés dans le parcours, cela met en relief à quel point notre cerveau peut nous jouer des tours, et comment chacun d’entre nous peut percevoir les éléments du réel de façon différente. 

L’exposition, par son caractère ludique et interactif, donne corps et apparence à ces concepts d’une façon didactique et amusante. C’est une invitation à relativiser nos a priori, à nous méfier de tenir des jugements trop hâtifs sur ce qui nous entoure, et à rester bienveillants les uns avec les autres. 

  • Le musée est aussi l’occasion de renforcer les liens entre le travail des chercheurs et la société ? 

En effet. En tant que chercheurs, j’estime que nous ne devons pas rester dans une tour d’ivoire, mais que nous devons, au contraire, parler avec le public. Cette interaction fait partie de notre mission. Ce travail de vulgarisation et de partage de connaissances est fondamental, et passe par tous les médias, qu’il s’agisse de livres, de programmes vidéo ou d’une exposition. 

Discuter avec le public invite aussi le chercheur à repenser ses pratiques, et à avoir des idées neuves. C’est un échange très stimulant. 

  • Laquelle des expériences réalisées pour le WOM vous impressionne le plus ? Pourquoi ? 

Dans les vidéos, je citerai l’illusion de la main en caoutchouc. Nous l’avons réalisée plusieurs fois, et l’effet reste toujours aussi bluffant : en observant cette main de plastique, le cerveau finit par croire que cette main est réelle. Trompé, il communique au corps les sensations qu’on fait subir à cette main en caoutchouc. 

J’ai vécu le même phénomène ‘‘d’appropriation du corps’’ dans le cadre d’une expérience avec l’Université de Barcelone au sein du Human Brain Project. Le corps était là virtuel, via un avatar digital que j’observais sur un écran et sur lequel on lançait des balles dont je percevais les effets par des vibrateurs. Le cerveau se laissait également dupé par l’exercice. 

Au sein de l’exposition, le « Whiteout » artificiel est un passage plutôt impressionnant, puisque dans cette situation où tout devient blanc et faussé, nos sens, privés de leur perception, commencent à voir des choses qui ne sont pas là… 

  • Quelle(s) raison(s) donneriez-vous pour décider une personne à visiter le musée ? 

La principale raison que je donnerais, c’est l’opportunité de pouvoir vraiment vivre plusieurs des illusions évoquées. Et je crois beaucoup à cet aspect de l’apprentissage : l’éducation par l’expérience. 

 

Le parcours présenté au sein du WOM sera prochainement adapté pour faire le tour du monde. 


Infos pratiques

WOM Museum 

  • Tour & Taxis, Shed 4 bis – 1000 Bruxelles 
  • Retrouvez les horaires et les tarifs actualisés sur le site internet.

Crédits photo du musée : WOM - World Of Mind © Tempora © N. Lobet / PRYZM

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